Les attentes des populations du Nord Kivu aux élections de 2011

« Les élus nous ont

déçus, ils n’ont pas

agit en notre

faveur ».

Les attentes des populations du

Nord Kivu aux élections

de 2011

Recherche effectuée par le département de Media de HEAL Africa.

Dirigée par Micheline Mwendike

Contact : media@healafrica.org

www.healafrica.org

2

2

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION………………...…...……………………....3

Champs et déroulement de l’étude ……….……......….………..…4

Objectif de la recherche ..……………………...………….……....5

I. Attentes des populations du Nord Kivu

Par rapport aux élections……………………………………..6

1. Les routes, les structures éducatives

et sanitaires, l’eau, l’électricité, le lotissement …...……….6

2. La sécurité ………………………….…….…….……...…..7

3. La justice et la bonne gouvernance............................…. .....7

4. Le payement des agents de l’Etat….…….…..…….........…7

5. La décentralisation ...… ….……………………....………..8

6. L’investissement public et privé .…………….....…….......8

7. Les élections crédibles et élus redevables ………..….….....8

8. La durée du mandat .….…….…………….………..……....8

II. Réflexion des populations du

Nord Kivu sur les 5 ans des institutions

issues des élections de 2006 ….…......………….……….....9

1. Du point de vue politique …………………………...….…9

2. Du point de vue économique. ...….…….…….………..….11

3. Du point de vue social .………………….…….………….12

III. LECONS TIREES PAR HEAL AFRICA ..……...……...14

CONCLUSION .…………………………………………… .....15

REFERENCES .…………………….……………………….….16

3

3

1

Quelques jours avant les élections

présidentielles et législatives, prévues pour le

28 novembre 2011, que pensent les Congolaises

et Congolais sur la situation générale de leur

pays ? Depuis l’indépendance de la République

Démocratique du Congo, les Congolais sont

encore à l’attente d’un pays où les conditions de

vie soient moins pénibles. Etre classé parmi les

pays les moins avancés du monde, ne fait pas la

fierté de ce peuple qui subit des décisions des

personnes ou Etats depuis des décennies. Des

organisations non gouvernementales engagent

des dépenses énormes. Des institutions

internationales risquent des vies humaines pour

résoudre les problèmes des Congolais. Mais

malgré tous ces efforts et ces volontés, près de 1

200 personnes, dont la moitié serait des enfants,

meurent chaque jour en RDC à cause de la

2

violence, des maladies et de la faim1 . L’accès à

l’éducation, à l’eau potable et à l’énergie électrique est

un casse tête pour les familles congolaises.

L’investissement public et privé est boiteux à cause de

la corruption et de l’impunité. Encore pire, l’insécurité

et les violences font partie du décor congolais.

Pourtant le potentiel pour une relève de l’économie est

immense. Le sol fertile, le sous sol riche en minerais,

l’environnement non pollué, la faune diversifiée

rendraient l’entreprise congolaise l’une des grandes

nations d’Afrique.

On se demanderait alors pourquoi malgré toutes ces

initiatives, ces fonds et ce potentiel naturel, la situation

des populations n’est pas encore satisfaisante.

Les propositions de réponses à ce questionnement sont

multiples mais il serait admis que seuls les Congolais

1

www.oecd.org/dataoecd/4/15/40568977.pdf

INTRODUCTION

4

4

1

Cette recherche effectuée sur la période de août à

septembre, a concerné 3 des 4 territoires de la

province du Nord Kivu. Des journées de réflexion

ont été organisées dans les villages où la situation

géographique facilitait la participation efficace des

plusieurs personnes.

Ainsi donc, à Masisi, chef lieu du territoire qui porte

le même nom, étaient réunies des personnes venant

de Masisi et de Lushebere. La cité de Masisi a été

choisie pour sa population dynamique dans

l’agriculture et l’élevage. La population mélangée

des hundes et des Hutu et Tutsi est très sensible aux

conflits. Elle a été très affectée par les différentes

guerres.

A Kirotshe sont réunis les habitants de Kirotshe,

Kihindo et Bweremana. A Sake étaient réunis les

hommes et femmes venant de Nzulo et de Sake.

Dans ces différentes agglomérations situées sur le

bord du lac du lac Kivu a la frontière entre le Nord

et le Sud Kivu, la tribu hunde prédomine.

2

Pour le territoire de Rutshuru, la cité de Rutshuru a

accueilli des participants de Rutshuru et Kiwanja.

A Ntamugenga se sont regroupées les personnes

venant de Ntamugenga, Rutsiro et Rubare. Et à

Rwanguba, les leaders venaient de Jomba,

Bunagana et Rwanguba. Ces différents villages

sont les fiefs des Hutu de Tutsi et des Nande. Les

guerres inter ethniques y ont détruit

considérablement les tissus sociaux. Ces villages

subissent l’influence de l’Ouganda.

Pour le territoire de Lubero, à Kanyabayonga se

sont réuni les leaders locaux de Kanyabayonga

tandis que Kayna a accueilli des leaders de Kayna,

Luofu, Miriki. A Lubero, chef lieu du territoire

Lubero, a accueilli les leaders de Lubero, Katondi

et Mulo. Ces villages exclusivement habités par la

tribu Nande sont des cités où le commerce et

l’agriculture sont les principales activités.

Dans tous les sites de la recherche, les séances de

discussion sur la situation générale du pays étaient

dirigées par une facilitatrice. Un questionnaire était

répondu en focus group, des interviews étaient

effectuées avec des personnes des villages de

différentes catégories. En tout 383 personnes ont

données leurs opinions lors de cette étude dont 150

femmes et 233 hommes.

Les personnes invitées aux séances de discussion

et de réflexion sont les leaders communautaires.

Les leaders communautaires sont les membres du

comité Néhémie1 et d’autres personnes influentes

dans le village, il s’agit des enseignants, infirmiers,

des intellectuels et autres personnes considérées

comme sage ou personne de référence dans le

milieu.

CHAMPS ET DEROULEMENT DE L’ETUDE

Source :www.reliefweb.int

5

5

L’objectif global pour cette recherche est d’écouter s’exprimer la

population dans son environnement, faire ressortir ses opinions, ses avis

et son évaluation de la situation. En outre, en cette période de préparation

à l’élection présidentielle, il est impérieux de s’apercevoir des attentes

des populations par rapport aux élections pour que les futurs dirigeants et

autres personnes influentes tiennent compte des avis des populations

dans les taches qui leur sont confiées. Ou encore que les populations

aient un document de référence dans lequel leurs attentes pour les 5 ans à

venir soient clairement définies.

OBJECTIF DE LA RECHERCHE

6

6

1

Pour la province du Nord Kivu, les attentes sont

nombreuses mais il existe celles auxquelles on

donne plus de considération. C’est pour cette raison

que dans ce document, les attentes sont énumérées

en termes de priorité, selon les propos que nous

avons récoltés lors de notre recherche. Nul ne

l’impose comme vérités évidentes, objectives et

absolues. Il s’agit simplement de propos recueillis

lors de notre recherche sur terrain. Voilà la voix du

peuple :

1. LES ROUTES, LES STRUCTURES

EDUCATIVES ET SANITAIRES,

L’EAU, L’ELECTRICITE, LE

LOTISSEMENT

La population du Nord Kivu veut des oeuvres

concrètes, visibles, matérielles. Pour eux, la paix

reste une urgence mais il est pénible de vivre

continuellement dans un environnement où mêmes

les infrastructures de base sont inexistantes. La paix

est perçue comme un processus, mais outre le

processus de paix en cours, les besoins de la

population en nourriture, éducation, santé, et autres

besoins n’attendent pas la fin du processus pour se

manifester. La priorité pour la population du Nord

Kivu est dans les routes, puis les écoles et

universités, ensuite les centres de santé et hôpitaux

et les ouvrages à intérêts publics.

a. Les routes

Le manque de route augmente le cout de la vie.

L’exemple de Pinga est illustratif, c’est un village

situé à peu près à 50km de Kitchanga, instable

depuis plus de dix ans, comme plusieurs autres

villages du Nord Kivu. Mais la route qui sépare

Pinga de Kitchanga est très mauvaise au point que

2

pour franchir ces 50 km, il faut 4 heures pour un 4x4

et pendant la période pluvieuse il en faut 6. La

conséquence sur le marché est visible, absence de

biens de première nécessité comme le sucre, le sel,

l’eau minérale sure ou encore les prix de plusieurs

biens sont doublés ou triplés comparés au village

voisin de Kitshanga. En cette matière, la population

du Nord Kivu attend l’ouverture de certains axes

routiers surtout dans le territoire de Walikale et de

Masisi, l’asphaltage et l’entretien des routes

existantes.

b. Les structures éducatives et sanitaires

Des écoles et universités ont été ouvertes dans les

villes comme à la campagne, mais les conditions

dans lesquelles les futurs intellectuels se forment ne

permettraient en aucun cas d’atteindre la qualité

supérieure dans le domaine de l’éducation. Les

bâtiments des universités sont souvent dans un état

de délabrement avancé et la promiscuité dans les

salles de classe ou auditoires ne permet pas les

apprenants et enseignants de bien faire leur travail.

C’est aussi le même cas pour les centres de santé où

les seules références dans la réhabilitation et la

construction sont les organisations non

gouvernementales. Considérant encore l’extrême

conséquence que les problèmes sanitaires peuvent

entrainer, il est bon de souligner le taux de mortalité

infantile de 78.43%.2

Outre les bâtiments, les structures sanitaires et

éducatives souffrent du manque de personnel qualifié

et des outils de travail appropriés. Pour les écoles et

universités c’est surtout le manque de livres pour les

étudiants et de bibliothèques pour les universités. Les

centres de santé et hôpitaux accusent souvent un

manque de médicaments et d’appareils médicaux.

2 www.statistiques-mondiales.com/congo_kinshasa.htm

I. ATTENTES DES POPULATIONS DU NORD KIVU PAR RAPPORT AUX

ELECTIONS

7

7

1

c. L’eau, l’électricité, le lotissement

Sur ce point la population veut revoir l’Etat se

comporter en un père responsable qui prend soin de

ses enfants. Un Etat qui intervient pour le bien être

de sa population. Par exemple, en ce qui concerne le

lotissement, la population se plaint de comment sera

les futures cartes de leurs propres villes ou villages

quand les terrains se vendent en centimètres, les

routes et espaces verts disparaissent de plus en plus.

L’eau et l’électricité sont des denrées rares dans les

villes et inexistantes dans les villages, l’insalubrité

s’installe de plus en plus. « Nous voulons que l’Etat

face de tous ces problèmes, ses propres nécessités »

affirme une femme ménagère de Mulo.

2. LA SECURITE

Bien que la plupart des personnes admettent que des

efforts ont été entrepris pour le rétablissement de la

paix dans le Nord Kivu, la paix reste une urgence.

Le constat établi que dans les agglomérations

urbaines ou des grandes cités, une paix relative est

sentie par la population. C’est à dire que les tirs de

balles intempestifs chaque nuit ou encore les

abandons de domicile pour aller s’installer dans la

brousse se remarquent de moins en moins, mais les

exactions et des meurtres ne sont pas inhabituels.

Par contre dans les petits villages des milices en

armes règnent en maitre, Mai Mai Cheka dans le

Walikale, Mai Mai La Fontaine dans le Lubero et

plusieurs autres groupes armés inquiètent la

population. Les habitants de Miriki dans le Lubero,

Katwiguru dans le Rutshuru s’inquiètent sur la

position des dirigeants qui minimisent et négligent

la question sécuritaire dans leur milieu en les

décrivant comme « des petites poches d’insécurité »

alors que différentes personnes en armes dictent la

vie publique et privée des personnes et sur la

couleur de drapeau sur des axes routiers. Ils

effectuent des pillages des véhicules et tuent des

voyageurs.

Il a été noté que la présence des FDLR3 sur les

terres congolaises est une menace non négligeable

de la paix dans la province du Nord Kivu ; surtout

qu’ils n’hésitent pas à se servir de leurs armes quand

ils ont besoin de nourriture ou d’argent.

2

Une peur nette se ressent à ces instants proches des

élections ou les tensions des politiciens évoluent en

courbe très ascendante et les intérêts hétérogènes

divergent de plus en plus.

3. LA JUSTICE ET LA BONNE

GOUVERNANCE

Si les violences sexuelles et autres maux persistent et

leurs statistiques montent sans cesse, c’est surtout à

cause de l’impunité et la corruption qui rongent le

secteur de la justice, affirme un membre de la famille

d’une survivante de violences sexuelles. Aussi, il

n’existera pas une bonne gouvernance sans une

justice équitable.

Par rapport à ces connotations négatives non

exhaustives, la population du Nord Kivu attend voir

une justice équitable et une gouvernance où elle

pense trouver sa place, un Etat sans corruption et

impunité.

4. LE PAYEMENT DES AGENTS DE

L’ETAT

Cette demande de la population qui en principe serait

une conséquence de la bonne gouvernance a été prise

comme point à part, car il a été révélé que que cet

aspect serait la cause principale de la corruption et de

l’impunité. Plusieurs enseignants affirment qu’ils

acceptent des corruptions des élèves par ce que leur

salaire est incertain et trop bas. «Selon un habitant de

Sake, « les militaires volent, extorquent parce qu’ils

ne sont pas bien payés, il faut juste se mettre à leur

place pour les comprendre. Il faut juste se mettre à

leur place pour les comprendre. »

La classe des enseignants, des militaires et des

personnels de santé a été considérée comme priorité

pour recevoir le bon salaire de la part du

gouvernement. Premièrement par ce qu’il a été

constaté que ces personnes faisant partie de la basse

classe, leurs problèmes sont traités en dernière

minute. Un directeur d’une école dit : « Les ministres

et autres autorités de la classe dirigeante ne se

plaignent pas du retard de leur salaire, encore moins

sur leur montant, que ce soit au niveau national ou

8

8

1

provincial mais nous malgré nos plaintes, grèves, et

autres revendications, nous recevons des solutions

palliatifs à court et long terme, nos salaires sont

encore trop bas et certains ne le reçoivent même pas,

parce qu’ils ne sont pas reconnus au niveau central

alors qu’ils prestent. »

5. LA DECENTRALISATION

La rubrique prévue dans la constitution, est

aujourd’hui une des attentes des habitants du Nord

Kivu. Les raisons que ces habitants évoquent sont

multiples. Parmi les plus importantes il y a cette

lamentation : « Nous avons besoin des institutions

de proximité pour des décisions qui tiennent compte

de nos particularités. »

6. L’INVESTISSEMENT PUBLIC ET

PRIVE

« Et si, en une nuit, pour une raison quelconque,

toutes les ONG nationales et internationales

implantées au Nord Kivu fermaient leur porte, …ou

irais-je ? » se demande un jeune homme travaillant

dans une organisation internationale. Ils trouveront

un travail dans une ONG car la plupart des

entreprises publiques ne recrutent plus depuis

maintenant plusieurs années. Il faut donc compter

plus sur la chance pour avoir un jour un boulot

d’autant plus qu’il n’existe pas une politique

2

d’emploi en RDC. La population attend alors les

créations d’entreprises car les potentiels dans les

domaines de l’agriculture, de l’élevage et autres

domaines sont énormes.

7. LES ELECTIONS CREDIBLES ET ELUS

REDEVABLES

Quelques jours seulement avant la présidentielle, la

population a besoin de la sécurité pendant les

élections et aussi, elle demande que le vote se fasse

dans un climat de sérénité et de confiance. « La

fraude, la corruption ne doivent pas entacher le

processus électoral déjà enclenché » dit un jeune

homme de Kirotshe.

Si les personnes siègent au parlement ou au sénat,

c’est le peuple qui l’a décidé et donc il semble

compréhensible que la population souhaite rester en

contact avec les élus pour s’assurer que leurs intérêts

ne soient pas menacés par la force de l’intérêt

personnel.

8. LA DUREE DU MANDAT

« Nous attendons des nouvelles élections en 2016. »

était l’expression de la population qui pense que la

jeune démocratie devra être soutenue par des

élections selon le mandat donné constitutionnel de

5ans pour la RDC.

9

9

1

Il a été difficile pour la population d’évaluer les 5

ans de pouvoir dont ont bénéficié les différents élus

du peuple de la période de 2006 à 2011, pour des

raisons multiples. Selon le chef des travaux en

sciences sociales et politiques à l’université de

Goma, CHIMERE MUNGUAKONKWA4, il y a

manque criant des références sur quoi on évaluerait

le travail des institutions mises en place en 2006. En

effet, les électeurs et les élus ne connaissaient pas

soit leurs droits et leur devoir, soit leurs obligations.

Aussi, une bonne évaluation se fait sur base

d’indicateurs clairs et prédéfinis mais pour ce cas

précis, les indicateurs n’existaient pas, ou ils restent

flous et subjectifs.

Bien qu’une évaluation basée sur des indicateurs

préétablis ne soit pas possible, on admet que les

élections de 2006 ont été porteuses de beaucoup

d’espoir pour la plupart des Congolais. Cet espoir

avait un contenu. Ce contenu reflétait ce que les

Congolais voulaient de leur pays, le chemin que

l’idéal collectif traçait pour le pays. C’est ce qu’on

appellerait le « Vouloir » des Congolais.

Par manque d’indicateur clair et objectif, c’est sur

base de ce vouloir que les Congolais évaluent le

chemin qui a été fait par tel ou tel autre mouvement.

Pour ces 5 années, voici la réflexion que proposent

certains habitants de la province du Nord Kivu.

Cette analyse classe les faits selon le point de vue

politique, économique et social. Nul ne l’impose

comme vérités évidentes, objectives et absolues. Il

s’agit simplement de propos recueillis lors de la

recherche sur terrain.

1. DU POINT DE VUE POLITIQUE :

En observant la situation politique du pays les avis

sont très partagés. Certaines personnes pensent que

les gouvernants n’ont rien fait du mandat que le

peuple leur a donné tandis que les autres constatent

qu’il y a eu un travail fait mais qui est inachevé. Les

autres encore pensent qu’ils pouvaient faire mieux.

2

« Ils n’ont pas utilisé efficacement les moyens qui

ont été à leur disposition pour que la situation des

population s’améliore » déclare une jeune étudiante

de Rubare.

Mais en tout cas, dans le territoire de Masisi, de

Lubero et de Rutshuru, les habitants sont d’accord

sur une chose : Les élus du peuple n’ont pas agit en

faveur du peuple. Les habitants de Rutshuru l’ont

bien exprimé : « Pendant la campagne électorale, les

différents candidats ont démontré combien la relation

avec leur potentiel électorat était si profonde. Ils

s’appelaient soit « votre fils », soit « votre enfant »,

pour montrer le lien si profond et important qui les

unirait avec leur potentiel électorat. Mais une fois

élus, la plupart d’entre-eux ont déplacé leurs familles

et ne sont plus revenus dans les villages de leur

pères. » Un agriculteur de Kanyabayonga donne son

expérience : « pendant la campagne électorale, un

candidat est venu me voir pour m’expliquer avec des

détails que moi même j’ignorais comment notre

lignée de famille rejoignait la sienne. Je l’ai cru et

avec toute ma famille nous avons contribué

énormément pour qu’il soit élu et il l’a été. Après les

élections il est parti sans même nous en informer et

jusqu’aujourd’hui personne ne l’a encore revu. »

« Les élus nous ont déçu car il n’ont pas été proches

de nous, même en étant loin, ils n’ont pas agit en

notre faveur » s’exclame un jeune de Kayna. « Les

députés nationaux et provinciaux ont été au service

de leur parti politique et le souverain primaire a été

oublié. », « Nous ne savons pas ce que signifient les

vacances parlementaires car nos élus ne sont jamais

revenus chez nous » disent les habitants de

Kanyabayonga. A Lubero par contre, une femme dira

qu’ils ne viennent que pour accuser les autres d’être

la cause de leurs échecs. Toutefois, les Nord

Kivusiens prennent les élections de 2006 comme une

expérience qui aiderait les électeurs à faire un bon

choix pour des futures élections. Et encore la

population s’est rendue compte qu’il y a un autre

moyen de conquérir le pouvoir sans passer par les

armes.

3 FDLR : « Force Démocratique de Libération du Rwanda » est un groupe armé composé des 4

Hutu Rwandais refugiés au Congo depuis 1994.

II. REFLEXION DES POPULATIONS DU NORD KIVU SUR LES 5 ANS DES

INSTITUTIONS ISSUES DES ELECTIONS DE 2006

10

10

1

« Les élus nous ont déçu car il n’ont pas été proches

de nous, même en étant loin, ils n’ont pas agit en

notre faveur » s’exclame un jeune de Kayna. « Les

députés nationaux et provinciaux ont été au service

de leur parti politique et le souverain primaire a été

oublié. », « Nous ne savons pas ce que signifient les

vacances parlementaires car nos élus ne sont jamais

revenus chez nous » disent les habitants de

Kanyabayonga. A Lubero par contre, une femme

dira qu’ils ne viennent que pour accuser les autres

d’être la cause de leurs échecs.

Toutefois, les Nord Kivusiens prennent les élections

de 2006 comme une expérience qui aiderait les

électeurs à faire un bon choix pour des futures

élections. Et encore la population s’est rendue

compte qu’il y a un autre moyen de conquérir le

pouvoir sans passer par les armes.

Outre les remises en question sur le rapport entre les

électeurs et les élus après les élections, plusieurs

autres aspects de la vie politique sont sujets de

débats en groupe. Il s’agit notamment de la viabilité

des institutions issues des élections, de la paix et de

l’impact de travail du gouvernement en général et

celui des élus du peuple en particuliers.

Parlant de la viabilité des institutions issues des

élections, plusieurs personnes se félicitent voyant

les institutions fonctionnelles pendant toute la durée

du mandat électoral malgré des conséquences des

différentes crises politiques du passé et d’autres

aléas non prévisibles qui ont enjambé

intempestivement le pouvoir en place. Ces

institutions sont notamment la présidence de la

République, l’assemblé nationale, le sénat, les

assemblées provinciales. Un jeune agriculteur de

Luofu, en territoire de Lubero explique « Pour moi,

voir les institutions issues des élections

fonctionnelles pendant toute la durée du mandat tant

au niveau national que provincial est un point très

positif» et son collègue lui répond : « Comment

2

veux-tu que les institutions, qui paient très

correctement et régulièrement ses travailleurs, se

disolvent. C’est un sentiment humain et normal de

bien garder une outil de survie»

En ce qui concerne la paix, les controverses sont

encore plus vives. Quand certains leaders

communautaires, vantent l’amélioration de la

situation de paix en ce terme : « Des efforts pour la

paix ont été entrepris : négociation avec certains

groupes armés, le mixage, le brassage5 et

l’intégration des troupes armées dans l’armée

nationale, l’organisation de l’armée nationale en

régiments et plusieurs opérations militaires

notamment l’opération Kimya 1, Kimya 26 »

D’autres leaders s’inquiètent : « La paix n’est pas

encore effective. « Des groupes armés règnent encore

en maitre dans certains villages ou sur certains axes

routiers. Notamment sur l’axe Kiwanja-Ishasha,

Masisi-Walikale, Lubero-Bunyantenge. Plusieurs

villages ont déjà disparu suite à l’insécurité, ce sont

notamment les villages de Nyamitwitwi, Gitwa pour

le territoire de Rutshuru, Buleusa, pour le territoire

de Lubero. Plusieurs fois par an, des familles sont

obligées de laisser leur maison pour aller s’installer

dans la brousse parce qu’elles se sentent menacées et

non protégées. Ou encore c’est le déversement des

villages dans les villes d’où le boum démographique

causé par l’exode rural. »

Un administratif de Masisi livre sa crainte : « C’est

compliquer de gérer la paix dans notre région car

plusieurs personnes ont des armes et les opérations

de désarmement sont marchandées par les détenteurs

des armes. Par malignité, les jeunes armés acceptent

de revenir à la vie civile pour profiter de fonds

accordés pour la démobilisation et la réinsertion

socioéconomique, ensuite ils ne tardent pas s’enrôler

de nouveau dans un autre groupe armé pour se faire

démobiliser encore et encore,…C’est un cercle

vicieux.»

4 Mouvement Intellectuel pour le changement, Compte rendu de la journée de réflexion sous le thème :« la jeunesse de Goma

face au processus électoral en cours ». Le 12 septembre 2011, Goma, RDC

5

Pole

institute,

REPUBLIQUE

DEMOCRATIQUE

DU

CONGO,

Fin

de

la

recréation

ou

début

de

la

re--création

d’un

Etat,

Goma,

Aout

2007,

p94

6Comité

d’action

pour

le

développement

intégral,

CADI ONG-asbl sur

www.congoforum.be

11

11

1

Toujours, parlant de la paix, « Des espoirs et

désespoirs naissent et disparaissent par la suite de

certains faits mais jusque là rien n’est rassurant »

disent nombreuses personnes. A Titre d’exemple la

rencontre entre le président congolais Joseph Kabila

et le président ougandais Yoweri Museveni à

Kasindi, le 04 mars 2009 ; ensuite avec le président

rwandais Paul Kagame à Goma, le 07 Aout 2011 ont

été un signe fort sur l’amélioration des relations

avec les pays voisins. « Autant d’actions qui m’ont

fait penser à un commencement d’une ère nouvelle

mais maintenant je me rends compte que je n’y fais

plus allusion, c’était juste un fait important, deux

personnes importantes se sont rencontrées »

commente un jeune de Masisi.

L’organisation des opérations militaires conjointes

avec les pays voisins, notamment l’opération

« UMOJA WETU », qui signifie en français « Notre

Unité », avec le Rwanda pour la traque des FDLR

«force de libération du Rwanda »7.

Ces actions sont venues s’ajouter à d’autres qui

malheureusement sont traitées de slogans par les uns

et les autres. Une étudiante de Goma explique:

« Quand à l’investiture du chef de l’état, il a

annoncé la fin de la recréation, j’ai eu presque ma

réponse car je voyais finir la fraude à la douane, la

corruption dans les services étatiques, le

clientélisme pour l’obtention de l’emploi. Mais 5

ans plus tard, je me sens un peu déçue, je remarque

que ces jolies phrases sont des formules pour nous

laisser dans une interminable espoir sans contenu ».

Dans le secteur de la justice, les leaders dénoncent

le non respect des lois en vigueur (lois sur les

violences sexuelles, loi foncière,...), la corruption

des agents judicaires et la lenteur dans la procédure

caractérisent la justice de proximité. Les effets

qu’engendrent toutes ces irrégularités sont légion.

Un parent d’une petite fille de 9 ans qui a subit la

violence sexuelle à Masisi dit : « Depuis que le

violeur de ma fille a été libéré de prison au lieu de

purger sa peine, moi et toute ma famille n’avons pas

la paix, nous avons eu à déménager dans plus de 3

différents villages car il veut nous tuer. J’avais

refusé toutes ses propositions de gérer ce cas de viol

2

à l’amiable et maintenant je me sens rejeté à la fois

par la communauté et par l’Etat qui est sensé me

protéger. »

2. DU POINT DE VUE ECONOMIQUE

Durant les deux dernières années, le taux de change

est resté stable. Les habitants des zones frontalières

le témoignent. A Rwanguba et Bunagana (frontière

avec l’Ouganda) la population commence

progressivement à réutiliser les francs congolais

comme monnaie de référence à la place de shilling de

l’Ouganda. Mais cela n’a pas empêché aux

conditions de vie de se détériorer, un enseignant de

Ntamugenga affirme : « Les élections n’ont pas été

source de changement et de développement pour le

pays. Dans la vie courante, les soucis qu’on se faisait

pour vivre ou survivre sont restés presque les même

avant et après les élections et pour certaines familles

ils se sont amplifiés. Pour exemple, les frais scolaires

supportés par ma famille ont triplé ou quadruplé

selon les écoles de 2006 à 2010, le prix des biens sur

le marché galope alors que les revenus n’ont subi

aucune augmentation. » Encore que les

infrastructures continuent à se dégrader malgré le

programme des « 5 chantiers » exécuté depuis les

premières années du mandat du chef de l’Etat. Pour

le moment ces 5 chantiers sont appelés 5 chantiers

pour le simple fait qu’ils sont restés en état de

chantier du début jusqu'à la fin du mandat ou 5

chansons par ce que les politiciens le chantent dans

leurs discours. Les 5 chantiers annoncés par le chef

de l’Etat énonçaient ses secteurs prioritaires pour la

reconstruction du pays. Il s’agit des chantiers

Emploi, Logements, Infrastructure, Education, Santé.

Un étudiant de l’université de Goma s’exprime: « En

observant les 5 secteurs de ces 5 chantiers, les actions

significatives n’ont pas été remarquables ici chez

nous, sauf dans la ville de Kinshasa où certaines

routes ont été asphaltées ». Je reproche à ces

chantiers de ne point avoir un plan d’exécution dans

le temps et dans l’espace, ce qui fait que des

réalisations sont dispersées dans le temps et dans

l’espace et son impact est de moins en moins

saisissable. »

7

Pole

institute,

Guerrillas

in

the

Mist,

the

Congolese

experience

of

the

FDLR

war

in

the

eastern

Congo

and

the

role

of

the

international

community,

Goma,

february

2010.

12

12

1

A ce manque en infrastructure s’ajoute le problème

de salaire décent aux fonctionnaires de l’Etat. Un

enseignant de Nzulo, s’exprime en disant : « Nous

ne recevions plus aucun sou de l’Etat depuis les

années 1990, mais ce qu’on nous donne pour le

moment nous obliges de continuer à demander aux

parents des élèves de verser une prime

supplémentaire. » Quand les employés se

lamentent, les chômeurs se taisent et cherchent des

emplois. Dans tout le Nord Kivu, l’emploi est l’une

des grandes plaintes. « Je pensais qu’après les

élections il y aurait des emplois pour tout le monde,

jeunes et vieux, intellectuels ou non, mais pour le

moment, même nos enfants n’ont pas du travail. » se

plaint un vieillard. A Rwanguba, se remarque un

nombre de plus en plus accru des chômeurs

intellectuels. Un jeune détenteur d’une licence en

sciences politiques explique: « j’ai accepté d’étudier

dans des mauvaises conditions, j’ai accepté que mes

parents fassent des sacrifices intenses pour me faire

étudier et me voilà encore au village, je suis toujours

une dépense pour ma famille et je ne produit rien.

C’est décevant. »

Le revenu trop bas, l’incertitude du lendemain et

l’insécurité ne permettent pas aux personnes

d’épargner et d’investir plus tard. Dans la province

du Nord Kivu, les entreprises privées sont quasi

inexistantes, seul le petit commerce est en vogue.

Une vendeuse, semi grossiste d’huile de palme de

Kayna dira: « Je ne gagne pas beaucoup dans mon

commerce mais chaque soir je sais que j’aurai à

manger pour ma famille et cela me suffit, investir

dans les autres secteurs c’est risquer mon argent,

encore que le bénéfice n’est visible qu’après une

période de patience. »

Et pour les quelques Congolais qui décident

d’effectuer une activité quelconque, les taxes ou

redevances à payer sont innombrables. « Il arrive

même que les taxes à payer soient supérieures au

capital investi » disent certains petits commerçants

de Lubero. Il nous faut collaborer avec des agents de

l’Etat pour continuer à faire exister notre boulot. Un

agent de l’administration publique ajoute : « Le mot

corruption, je le trouve très lourd mais je sais que je

2

suis ouvert aux gens, nous coopérons et collaborons

avec les personnes qui veulent nos services et c’est le

vrai gagnant-gagnant. J’ai une rémunération pour

mon travail et mon partenaire accède aux services

dont il avait besoin, l’Etat reste le père à nous tous. »

3. DU POINT DE VUE SOCIAL

L’agriculture et l’élevage sont encore l’une des

occupations des populations de la province du Nord

Kivu. Les agriculteurs et éleveurs partagent la plainte

sur l’insécurité dans les champs et dans les fermes et

du manque des moyens de transport pour

l’acheminement de leur produits de leurs activités

jusqu’au village et du village jusqu’aux centres de

distribution. Entre temps ils se battent entre eux pour

la gestion des terres, des récoltes ou de divagation de

bêtes. Les conflits entre les deux acteurs naissent et

se gèrent de différentes manières sans une

implication efficace de l’Etat. Voyant l’ampleur des

conflits entre agriculteur et éleveur, certains leaders

de Rwanguba proposent la création par l’Etat d’une

ferme communautaire où les éleveurs qui possèdent

des bêtes peuvent les garder et ainsi empêcher la

divagation des bêtes dans les champs des

agriculteurs.

Outre ces différents conflits entre éleveur et

agriculteur, la guerre a détruit la cohésion sociale qui

existait entre les différentes tribus et ethnies et

plusieurs conflits inter ethniques de grande envergure

ont pris naissance. Opposant en certains endroits des

tribus agriculteurs et éleveurs. Actuellement, la

cohabitation pacifique est encore une initiative non

achevée mais les tribus acceptent d’habiter dans les

mêmes villages. A Masisi, un chef coutumier

s'alarme sur l’existence d’une classe sociale des

intouchables. Ils sont les anciens chefs rebelles, des

hauts gradés dans la police et l’armée ou des

membres des familles des politiciens influents. Selon

ce chef coutumier, en cas de conflit avec eux, ils

gagnent avant le procès. Il ajoute que ce cette

sensation de se sentir inferieur serait source dans

l’avenir des révoltes de la population.

Une autre forme de discrimination sociale est définie

par les habitants de Lubero, c’est la discrimination

linguistique.

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1

Cette discrimination s’est accentuée au deuxième

tour des élections de 2006 où un candidat était issu

de l’Est du pays, swahiliphone et son Challenger de

l’Ouest du pays, lingalaphone. Dans le territoire de

Lubero, les personnes qui parlent le lingala sont

prises pour des corrupteurs, des fainéants tandis que

les personnes venant de l’Ouest du pays accusent les

habitants de Lubero comme étant d’hypocrites, ce

sont eux qui commencent les guerres car les guerres

du Congo commencent toujours à l’Est. Les guerres

du Congo ont commencé à l’Est pour détruire tout le

pays. Les institutions corrompues sont basées à

l’ouest pour détruire tout le pays.

Enfin, dans le territoire de Rutshuru comme dans

2

celui de Masisi ou de Lubero, les leaders

communautaires affirment que le manque

d’information fiable pour la population sur la

situation générale du pays est source de manipulation

de la population. L’immensité du pays est souvent

accusée comme la cause de ce problème

d’information, mais la forte centralisation des

institutions dans la capitale située à 2000km de

Goma, chef lieu de la province du Nord Kivu,

l’absence des moyens et outils de communication et

l’ingérence des politiciens dans les medias sont les

causes de cette manque d’information fiable ajoutentils.

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1

Des opérations pour la paix, des mots d’ordre contre

la corruption et l’impunité ou encore des promesses

pour la reconstruction ont été données par des

gouvernants mais les problèmes qu’ils traitent ne

sont pas résolus. Ces initiatives sont alors qualifiées

de slogans ou de chanson pour certains car elles

n’ont pas donné des résultats palpables et efficaces.

En effet, on est loin d’un pays pacifié, d’une société

sans corruption et les besoins en infrastructures sont

innombrables cinq années après les élections. Les

conséquences de toutes ces irrégularités sur le

comportement des personnes sont visibles.

La corruption des agents judicaires et la lenteur dans

la procédure découragent certaines personnes

d’introduire leurs cas à la justice. Certains se lancent

dans des règlements à l’amiable de certains actes

même d’ordre pénal ou dans d’autres cas les

personnes se rendent justice elles-mêmes. A titre

d’exemple, pour le suivi judiciaire de HEAL Africa

sur 129 femmes survivantes de violences sexuelles

sur l’axe Sake, Kitshanga Mweso, depuis la période

de janvier 2011 jusqu’en Novembre 2011,

seulement 8 cas, sont déjà arrivés en fin de procès

avec des prononcés du jugement.

En ce qui concerne le domaine de la communication

et des medias, le fait que la plupart les radios et

télévisions locales appartiennent aux politiciens ou

s’affilient aux idées de différentes idéologies

politiques. Les routes qui relieraient les villages sont

en mauvais état ou inexistantes. Les réseaux de

téléphone cellulaire n’aient pas de tarif accessible à

2

tout le monde. L’insécurité rend difficile le

déplacement. L’information circule lentement et peut

être transformée facilement.

Pour une relève économique de la RDC en général et

celui du Nord Kivu en particulier, les potentiels

économiques sont immenses. Hélas, l’agriculture et

l’élevage sont encore traditionnels, l’exploitation des

minerais est encore artisanale. L’économie souffre

d’une importante importation de riz, de maïs, des

fruits et agrumes que la province produirait elle

même si et seulement si le gouvernement

s’impliquait directement en ouvrant des

manufactures ou en favorisant les initiatives des

individus par des subventions ou des crédits

étatiques. A Goma, les habitants mangent le riz de

toutes les nationalités asiatiques, des fruits rwandais

et sud africains, des jus ougandais, des poissons

Magrébins et internationaux, du lait en poudre et du

café européens alors que Goma est au bord du Lac

Kivu et proche du lac Edouard, jadis le lac le plus

poissonneux du pays. Les zones rurales produisent

traditionnellement des fruits du lait et plusieurs

céréales.

Ni le pays, ni la population, nul ne bénéficie de ces

richesses qui attendent sans se lasser d’être mises en

valeur. Des promesses alléchantes ont été données

mais les revendications n’ont pas sensiblement

changé par manque de réalisations considérables.

Que sera t-il pour les 5 prochaines années ?

III. LEÇONS TIREES POUR HEAL AFRICA

15

15

CONCLUSION

8 www.cei.org

1

En ce moment précis de l’histoire de la RDC, les

élections sont plus qu’une préoccupation pour la

plupart des Congolais et Congolaise. Elles

alimentent les nouvelles des radios et télévisions et

sont l’un des grands sujets qui nourrissent les

conversations et les discutions des futurs électeurs.

Certains électeurs du Nord Kivu comprennent les

élections comme une opportunité pour le pays de se

faire diriger par des nouveaux gouvernants, mais

elles sont aussi considérées pour d’autres, comme

une offre d’emploi ouverte à toute personne

remplissant les conditions d’éligibilité. Le rapport

entre le nombre des candidatures et les sièges

annoncent bien une vraie guerre pour les postes. La

ville de Goma compte 280 candidatures pour 6

postes à pourvoir et pour tout le pays ce rapport est

d’environ 18 000 candidatures pour 500 postes1.

Mais cette situation n’est pas vraiment unique car

pour le recrutement dans les entreprises, il est

souvent de plus de 100 personnes pour un seul

poste. Ce coefficient démontre bien le niveau élevé

de chômage.

Alors que les candidats se battent pour le pouvoir

ou l’embauche, les futurs électeurs manifestent un

sentiment de découragement à la participation au

vote. Ce découragement est suite à la déception

qu’éprouve la population sur le travail du

gouvernement en général et celui des élus du peuple

en particulier. L’évaluation que la population du

Nord Kivu a faite des 5 ans des institutions

démocratiquement élues mentionne ceci :

Les efforts visibles pour la paix ont été entrepris,

des manifestations sont visibles mais le travail à

faire n’est pas minimisé. Des coups de balles

intempestives, des meurtres et autres assassinats ne

sont pas inhabituels dans les villes et villages du

Nord Kivu, des villages disparaissent de la carte

suite à l’insécurité, des hommes en armes règnent

encore en maitre dans plusieurs villages et la

question des FDLR et de leurs exactions n’est pas

une légende du passé. Certes, la paix reste une

2

urgence à résoudre mais continuer à vivre dans un

environnement où les infrastructures de bases sont

inexistantes, la corruption domine le secteur

économique, l’impunité rémunère le travail des

injustes, les fonctionnaires ne sont pas payés, rend

inespéré le lendemain des populations du Nord Kivu

qui ont eu vu les élections de 2006 comme le début

d’une ère nouvelle.

5 années plus tard, la déception est au rendez-vous

mais les attentes des populations sont encore plus

vives. « Nous voulons du concret, » disait encore un

jeune de Lubero. « Le concret, ce sont la nourriture

pour les familles, des bibliothèques pour les écoles,

les salaires pour les travailleurs, des médicaments

pour les hôpitaux.

Mais en qui, peut on donner la confiance, quand

pendant cinq ans les élus ne se sont pas montrés

redevables envers les électeurs ? « Les élus du peuple

se considèrent plus comme des employés avec de

bons salaires et respectent leurs employeurs plus que

la base qui leur a donné le mandat. » dit une

enseignante de Sake.

Quoi qu’il en soit, certaines personnes seront élues

par la population mais les craintes sur les réalisations

qu’elles effectueront au bénéfice de la population

sont énormes.

Si rien n’est fait par la

population, en terme de

révolte constructrice et ou par les instances de

décision en terme de justice équitable et de bonne

gouvernance, la violence et la corruption deviendront

davantage des éléments de la culture congolaise, le

moindre effort engendrée par l’impunité s’implantera

dans les us et habitudes et tuera la société : les

enseignants et les élèves s’y habitueraient, les jurys

et jurés s’y accommoderaient, les électeurs et élus s’y

entendraient, les belligérants négocieraient les plans

de guerres et toutes les issues pour une société plus

démocratique, seront bloqués. La devise du pays

« JUSTICE, PAIX, TRAVAIL » ne sera aussi qu’un

simple slogan

16

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REFERENCE

1

Mouvement Intellectuel pour le changement, Compte rendu

de la journée de réflexion sous le thème : « la jeunesse de

Goma face au processus électoral en cours ». Goma, RDC,

septembre 2011.

Pole institute, REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU

CONGO, Fin de la recréation ou début de la ré-création

d’un Etat, Goma, Aout 2007.

Pole institute, Guerrillas in the Mist, the Congolese

experience of the FDLR war in the eastern Congo and the

role of the international community, , Goma-RDC, february

2010

www.cei.org

www.congoforum.be

www.oecd.org/dataoecd/4/15/40568977.pdf

www.reliefweb.int

www.statistiques-mondiales.com/congo_kinshasa.htm

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